Cher Mr Evrard, très cher Guy,

Tu es parti sans crier gare… Et tu laisses bien sûr un grand vide, surtout pour tes proches (Hermine, Joëlle et Lucas) qui devront petit à petit essayer de retrouver un équilibre dans leur vie sans la présence d’un mari, d’un père, d’un grand-père…

Mais avec ton départ, c’est aussi un autre membre important de ce que je considère comme « la famille du Paradis » qui s’en va.

Je te connais depuis toujours mais j’ai eu en particulier la chance de t’avoir comme instituteur en 5e et 6e primaire. Les souvenirs sont nombreux et, parmi tant d’autres choses, j’entends encore ta voix grave rappeler l’un ou l’autre élève à l’ordre en commençant souvent par un « Monsieur », suivi du nom de famille de l’élève en question, ce qui ne laissait aucune place au doute ni à la discussion. Stricte mais juste, tu as enseigné tout au long de ta carrière avec le cœur et l’esprit. Je suis certain que tes très nombreux élèves se rappellent et se rappelleront toujours de toi avec respect et affection.

En dehors de l’école, j’ai l’impression que tu as traversé toutes ses années avec une certaine sérénité, pareil à toi-même. Il est vrai que tu aimais le calme et que tu appréciais les choses simples. La musique classique faisait partie de ton quotidien et, avec Hermine, vous aimiez parcourir le monde. Depuis votre pension, vous étiez d’ailleurs devenu presque nomades mais parmi tant d’autres destinations, Albinen a toujours gardé une place privilégiée dans votre cœur.

Te voilà donc parti pour ton dernier voyage et il ne me reste donc qu’à te dire : « Adieu monsieur le professeur ». 

Fabian

Je rêve d’une école

où la classe serait un chapiteau

qui s’arrêterait chaque soir

dans les villages les plus perdus

dans le coeur des villes

ou près des étangs frais

Chacun y viendrait nous parler de son monde

Je rêve d’une école de fête

sans instituteurs, 

sans élèves

avec simplement de l’amitié

de la musique

des outils

des légumes

du café chaud pour les coeurs froids

des couleurs pour les enfants gris

une école de fête

avec des enfants tout plein

tous souriants

car ils auraient mis leur coeur

sur leur paume ouverte

et ils nous le donneraient

et vous l’accrocheriez

à votre boutonnière

et vous feriez l’échange du vôtre…

Oui, je rêve d’une école de rêve

Joseph Collignon

(Chanson pour la Gaume)

Cela va bientôt faire un an que ce nouveau cours est donné dans l’enseignement officiel au niveau primaire. Le colloque de la Laïcité y a été consacré  et  nul doute que les instances laïques vont en reparler abondamment dans les semaines qui viennent.

La « Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente » a, sur le sujet, un avis bien trempé, je vous invite à lire l’article suivant

https://ligue-enseignement.be/cours-philosophiques-etou-cours-de-citoyennete/

 

Les professeurs de morale que je croyais à tout jamais résigné ont réagi  et ont introduit un recours à la Cour Constitutionnelle en demandant l’annulation pure et simple du décret qui organise le cours. Plus extraordinaire encore, ils ont été rejoints par les profs de religion de l’enseignement officiel.

Il faut dire que pour ces enseignants, le décret a été particulièrement gratiné puisqu’une personne chargée d’un cours philosophique n’a pas le droit de donner le cours de citoyenneté dans la même école !!!!

Ainsi, les profs de cours philosophiques sont devenus des nomades perpétuels (cela peut aller jusqu’à 14 écoles différentes pour un seul enseignant)

Vous avez dit « rationalisation » ???

J’espère que la Justice tranchera en faveur du corps enseignant parce qu’il ne faut pas trop espérer que le monde politique fasse marche arrière ; ce n’est pas dans ses habitudes !!!

Mais, ne nous énervons pas, dans très peu de temps les instituteurs vont disparaître (comme les pompistes ou les caissières) pour devenir dans un premier temps des « assistants en auto éducation » et ensuite par être remplacés par des robots ! Ne riez pas c’est pour demain !

Sur le sujet, je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer des extraits de

 

« L’Ecole en 2155 »

 

« D’après : « Ce qu’on s’amusait »      par Isaac Asimov

publié chez Nathan en 1979     (cela date un peu mais reste amusant tout de même)

 

« Margie avait toujours détesté l’école, mais maintenant, elle la détestait plus encore !

Le maître mécanique lui avait fait subir test sur test en géographie et elle s’en était tirée de plus en plus mal. Finalement, sa mère avait secouer tristement la tête et fait venir l’inspecteur régional.

L’inspecteur, un petit homme rond à la figure rougeaude, était venu avec une boîte pleine d’ustensiles, d’appareils de mesure et de fils métalliques. Il avait fait un sourire à l’enfant et lui avait donné une pomme. Puis, il avait mis le maître en pièces détachées. Margie avait espéré qu’il ne saurait pas le remonter mais son espoir avait été déçu. Au bout d’une heure environ, le maître était là de nouveau, gros, vilain, noir, avec un grand écran sur lequel les leçons apparaissaient et les questions étaient posées. Et ce n’était pas le pire. Ce qu’elle maudissait le plus, c’était la fente où elle devait introduire ses devoirs du soir et ses compositions. Elle devait les écrire en un code perforé qu’on lui avait fait apprendre quand elle avait six ans et le maître calculait les points en moins de rien.

Son travail terminé, l’inspecteur avait souri et avait caressé la tête de Margie, puis il avait dit à sa mère : « Ce n’est pas sa faute à cette petite, Mme Jones, je crois que le secteur géographie était réglé sur une vitesse un peu trop rapide. Ce sont des choses qui arrivent. Je l’ai ralenti pour qu’il corresponde au niveau moyen de l’enfant de 10 ans. En fait, le diagramme général du travail de votre fille est tout à fait satisfaisant. » Et il a tapoté de nouveau la tête de Margie. (…)

La petite fille est alors rentrée dans la salle de classe, qui est voisine de la chambre à coucher. Le maître mécanique était en état de marche et l’attendait. (…)

L’écran était allumé et on pouvait lire : « La leçon d’arithmétique d’aujourd’hui concerne l’addition de fractions. Veuillez insérer votre devoir d’hier soir dans la fente qui convient. ..

 

 

Voilà ! Cette fiction pourrait très bien devenir dans un avenir proche une réalité effective